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L’impossible solution aux délestages

En reprenant les actifs d’Eneo, le fonds d’investissement britannique Actis savait être attendu sur l’amélioration de l’offre énergétique globale avec en toile de fonds, la dilution significative du déficit structurel en la matière. Mais plus de deux ans après cette reprise, rien n’a bougé au point qu’on en est à envisager une nationalisation de la production et la distribution de l’énergie électrique. Une option qui a définitivement engendré un schisme profond entre le Dg et le Pca d’Eneo se regardant désormais en chiens de faïence.

Autant on admet volontiers que le rationnement de l’énergie électrique a cessé d’être ce qu’il était il y a quelques années, autant malheureusement la subsistance des dysfonctionnements dans la fourniture de celle-ci induit l’incapacité d’Eneo à combler le déficit de l’offre mais également à améliorer ne serait-ce que substantiellement la fourniture quantitative et qualitative de l’énergie électrique. Pourtant, ce n’est pas faute pour elle d’avoir bénéficié d’un important coup de pouce du gouvernement qui a adhéré à son programme d’investissement d’urgence, avec en toile de fond la réalisation de plusieurs centrales thermiques. Mais autant on s’attendait que l’énergie supplémentaire produite par lesdites centrales thermiques dilue de manière significative le déficit de l’offre, il n’en a rien été, tant il est constant que le financement des produits hydrocarbures devant alimenter lesdites centrales ne put être permanent. Du coup, les bonnes intentions initiales de Joël Nana Kontchou se muèrent en aveu d’impuissance, alors qu’à son avènement on n’hésita point à le présenter comme un «un homme providentiel», bien qu’il ait été incapable jusqu’ici de transformer Eneo en ce fleuron dont il rêve. En fait, il a tôt fait d’attribuer son impuissance à l’omniséance du fonds britannique Actis et dans une moindre mesure, du conseil d’administration et singulièrement son président Magloire Séraphin Fouda. Or, on se serait plutôt attendu qu’il œuvre afin qu’Actis mobilise des investissements en fonction des objectifs qu’il aura suggérés.

 

Démission

En fait, Joël Nana Kontchou se confine uniquement à un rôle de faire-valoir tant il est constant qu’il est en réalité un super directeur des ressources humaines et rien de plus. Aussi peut-on comprendre la coloration ethnique qui est désormais celle d’Eneo, un peu comme s’il espère obtenir des soutiens du village. Pourtant, le top management ne s’accommode guère d’aussi basses considérations, comme l’aura démontré fort à propos le fonds britannique Actis qui dut faire le rappel des troupes au moment de créer une véritable holding au Cameroun à l’effet de mieux contrôler le secteur de l’électricité. Toutes choses qui ont très certainement mis à l’étroit Joël Nana Kontchou, en le poussant littéralement à la démission. Sinon, quelle action d’éclat lui doit-on depuis son accession à la tête d’Eneo ? Aucune, si ce n’est ce navet communicationnel au travers duquel des personnalités avaient été triées sur le volet pour «partager une énergie» insuffisante. Fort heureusement, les services de la présidence de la république écourtèrent cette campagne publicitaire inopportune et plutôt mal pensée pour laquelle l’agence Tendances aura pourtant bénéficié d’importantes largesses financières. En somme, sachant qu’en filigrane le fonds britannique a manœuvré pour entretenir un monopole de fait dans le secteur de l’électricité, le manager exceptionnel qu’est censé être Joël Nana Kontchou a subitement perdu ses aptitudes et repères managériaux, en se lançant dans une gestion épicière d’Eneo. Car bien qu’électromécanicien de formation, il a tout à apprendre du secteur de l’électricité.

 

Contreperformances

Si son Cv aura milité en sa faveur, Joël Nana Kontchou est malheureusement écarté des réalités du secteur de l’électricité qu’il gère pourtant. Car, quand bien même il aura fait le constat de ce que celui-ci souffre de la vétusté des équipements, des systèmes de facturation et de paiement archaïques mais aussi et surtout de la subsistance des délestages, alors même qu’il s’était engagé à apporter des solutions adéquates à ces problèmes dans un délai maximum de vingt-quatre mois plus tard. Un engagement d’autant plus chimérique que le 31 décembre 2015, en plein message du chef de l’Etat à la nation, le pays connut un black-out qui ne permit pas la diffusion conséquente dudit message. Un fait inédit que les officiels d’Eneo ont tôt fait de mettre sous le coup de l’ampleur des connexions frauduleuses ou à la mauvaise qualité du réseau, qui contraint l’entreprise à facturer jusqu’à 30 % d’énergie en moins par rapport à ce que produisent les centrales. Dans le même temps pourtant, l’entreprise avait lancé une vaste opération de recouvrement forcé assortie d’une répression sans précédent des fraudeurs sans que l’une ou l’autre de ces opérations produise des résultats probants. Au contraire, on a plutôt la nette impression qu’Eneo s’est enlisée dans des contreperformances au point de subir elle-même un black-out lors de son tout dernier conseil d’administration du 20 octobre 2016 au Hilton Hôtel qui fut plongé dans le noir, suivi quelques jours plus tard par … la présidence de la république.

 

Tergiversations stratégiques

Réalisant ces contreperformances, Joël Nana Kontchou a cru transposer le modèle de gestion qui lui avait réussi chez Schlumberger à Eneo en l’occurrence la réduction du nombre d’échelons hiérarchiques pour mieux faire circuler l’information, l’optimisation des coûts, de plans de formation et de gestion des carrières. Or, ces déclinaisons stratégiques nécessitent la mobilisation d’importantes ressources financières dont ne dispose pourtant pas le Dg. Du coup leur mise en œuvre bute sur la réticence de son conseil d’administration qui y voit davantage des tergiversations stratégiques. Surtout, qu’en un peu plus de deux ans, le bilan global est loin de répondre aux objectifs qui lui avaient été assignés au moment où il accède à la tête d’Eneo. Plus grave, celui de l’exercice 2015 n’a toujours pas été clôturé, preuve de ce qu’à Eneo on fait plutôt de la navigation à vue. Et quand bien même on multiplie des artifices dans le genre des indicateurs permettant de mesurer la qualité de la relation clients, ces derniers continuent d’avoir des griefs à l’encontre d’Eneo tenant des facturations indues mais aussi et de constantes frustrations dues à une distribution énergétique tatillonne. En fait, on en est à promouvoir des compteurs prépayés rechargeables comme des téléphones portables sans en maîtriser la fiabilité et encore moins la maintenance qui constituent pourtant des surcoûts pour leur acquisition, alors que dans le même temps on ne parvient pas toujours à mobiliser des financements complémentaires pour pouvoir investir et répondre à une demande en énergie en hausse annuelle de 6 %.

 

Bras de fer entre le Dg et le Pca

Fort de ce qui précède, les institutions de Bretton Woods sont montées au créneau au terme d’une évaluation des performances mitigées d’Eneo, pour en recentrer le mode opératoire et suggérer une nationalisation de la production et du transport, deux articulations pour lesquelles le Pca et le Dg ne sont pas parvenus à accorder leurs violons. Suffisant pour comprendre l’adversité de fait entre Magloire Séraphin Fouda et Joël Nana Kontchou. Ce d’autant plus que le Dg n’a pu élaborer quelque plan de restructuration à même de booster la compétitivité induite d’Eneo, mais s’arc-boute sur la nécessité d’opérer de nouveaux recrutements malheureusement à forte coloration tribale. Suffisant pour corser davantage le bras de fer sous jacent entre le Pca et le Dg, tout au moins en ce qui concerne la mise en œuvre réussie de la politique générale de cette entreprise. Pourtant, le Dg croit bénéficier de soutiens, notamment celui du ministère du Commerce qui voit d’un bon œil l’option de mise en branle de compteurs prépayés qui, selon lui constitue une avancée technologique dans le secteur de l’électricité quand bien même il émet des réserves sur la fiabilité de ces équipements et la politique de maintenance qui sera mise en place, mais surtout le sort à réserver aux emplois que procure actuellement la relève mensuelle des compteurs électriques. Comme quoi, entre velléités du contrôle en sous mains d’Eneo et l’impératif d’inscrire son redéploiement sous le prisme d’une entité publique, Magloire Séraphin Fouda et Joël Nana Kontchou ne peuvent parvenir à un compromis.

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